Cette synthèse rassemble les résultats de plus d’un siècle de recherches qui ont interrogé l’effet des groupes de niveau homogène sur les résultats scolaires et l’estime de soi des élèves du secondaire inférieur. Deux groupes d’études sont distingués : la recherche internationale qui s’appuie sur des études expérimentales mais surtout sur des études observationnelles de la fin du siècle dernier, et la recherche anglaise plus récente qui n’a mobilisé que le deuxième type d’étude. Les résultats montrent que les scores sont le facteur prédictif le plus important expliquant la répartition des élèves dans les différents niveaux, mais que les élèves de milieux socioéconomiques défavorisés sont surreprésentés dans les groupes de niveau faible, y compris après contrôle de leur score initial. En ce qui concerne les scores académiques, les études révèlent que les regroupements par niveau n’ont pas d’effet si on considère l’ensemble des élèves ; et qu’à niveau scolaire équivalent, les regroupements par niveau (1) sont probablement favorables aux élèves de niveau élevé (2) sont probablement défavorables aux élèves de niveau faible. L’estime de soi des élèves ne semble pas corrélée au fait d’être ou non regroupé par niveau ; elle est par contre fortement corrélée au niveau de l’élève et plus faiblement au niveau de son groupe. Les élèves des groupes de niveau faible souhaitent majoritairement changer de groupe de niveau et regrettent le manque d’enjeux dans leur groupe. Des éléments théoriques (opportunité d’apprentissage, effet d’étiquetage…) sont convoqués pour discuter des points favorables comme défavorables aux regroupements des élèves par niveau. Le manque d’impact de ces derniers sur les compétences académiques des élèves et le renforcement des stratifications socioéconomiques qu’ils engendrent remettent clairement leur pertinence en cause.
This review consolidates over a century of research examining how homogeneous ability grouping affects the academic performance and self-esteem of lower secondary school students. Two sets of studies are distinguished: international research based primarily on experimental studies in the late 20th century, and more recent British research that has focused solely on observational studies. The results show that scores are the most important predictor of student distribution across different levels, but that students from disadvantaged socioeconomic backgrounds are overrepresented in lower-achieving groups, even after controlling for their initial scores. Research suggests that ability grouping has no impact on academic scores when considering all students. Furthermore, at equivalent academic levels, ability grouping (1) is likely beneficial to high-achieving students and (2) is likely detrimental to low-achieving students. Students’ self-esteem does not appear to be correlated with being grouped by ability; however, it is strongly correlated with the student’s individual level and less so with their group level. Students in lower-achieving groups predominantly wish to change ability groups and regret the lack of challenge in their current groups. Theoretical elements (learning opportunities, the labelling effect, etc.) are invoked to discuss the advantages and disadvantages of ability grouping. The lack of impact on students’ academic skills and the reinforcement of socioeconomic stratification it generates clearly calls the relevance of ability grouping into question.