La multiplication des expériences de pratiques participatives et délibératives, notamment en Europe, est révélatrice de l'émergence d'un nouveau type de rapport politique entre le citoyen, les décideurs politiques et l'administration publique. La philosophie et la science politique participent, depuis les travaux de J. Rawls, J. Cohen et de J. Habermas à l'élaboration d'une théorie politique de la délibération qui pense les rapports de légitimité entre citoyens et politique sous l'angle procédural et discursif. Ces approches théoriques buttent toutefois sur une conception « idéale » de la délibération, inexistante en pratique, qui incite le chercheur à ne pas reconnaître comme créatrices de structures normatives d'authentiques pratiques participatives d'où émergent une reconfiguration des échelles de valeur et de nouvelles approches conceptuelles de la citoyenneté et de la représentation. L'article veut montrer que le déploiement de l'agir communicationnel s'inscrit en réalité dans un contexte matériel et culturel restreint qui ne rend pas compte de la dimension co-évolutive des supports matériels et de la culture politique. Ainsi, en s'appropriant les TIC, les citoyens inventent de nouvelles pratiques politiques et participent à l'émergence de nouvelles symboliques et de nouvelles conception du politique.